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04 mars 2008

Extraits

 
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1968 n'a pas commencé en 1968 mais quelques années auparavant. Certes, il ne s¹agit pas de tomber dans l'illusion rétrospective selon laquelle tout ce qui est arrivé se devait d¹arriver. Mais de montrer que bien des événements de 68 étaient en germe dans les années qui ont précédé : tel est l'enjeu de ce livre. Un peu partout dans le monde alors les universités bouillonnaient, et ce n¹est que par un hasard insolite de l’histoire que l’embrasement a eu lieu à Paris plutôt qu’à New-York, Tokyo, Londres, Rome ou à Berlin.

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Le début des années soixante, c’était peut-être les années heureuses des Trente Glorieuses, mais c'était aussi un monde fissuré, cacochyme, vieillissant, dont l’idéologie datait du dix-neuvième siècle, et dont les moeurs étaient inconciliables avec l'immense mouvement de jeunesse et d¹espoir que portait le baby-boom. Celui-ci ne pouvait que le faire exploser.

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Là, tout pour nous pourrir la vie ! D'abord, nous devions tous porter la blouse, comme au cours complémentaire dans les années cinquante. Rappel à l'ordre. Bref, c’étaient des blouses républicaines, la coiffure devait être adaptée à la blouse : cheveux coupés courts, deux centimètres maximum et coupe au bol tolérée. Mais les choses n’étaient pas faciles : faire l'amour était alors pour les jeunes filles une entreprise à haut risque. Même les femmes mariées devaient se débattre avec la méthode Ogino ou celle des températures si elles voulaient éviter les grossesses à répétition. Bien des hommes pratiquaient le coït interrompu, et la capote anglaise n’était guère utilisée que par les troufions. Or, en cas de problème, il ne pouvait être question d'avortement...

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Il n’y a pas à dire : on en apprenait des choses dans les journaux ! Les moins innocents d'entre nous n’ignoraient pas qu’il y avait bien quelques différences idéologiques et programmatiques entre les principaux candidats, mais de là à savoir tout ce que l'on apprenait dans les journaux ! Les élections présidentielles, ce n¹était pas seulement assurer l¹avenir de  la République nouvelle en apportant à de Gaulle l'adhésion massive des citoyens, c'était un peu « Règlement de comptes à O.K corral » ! Tous des copains qui se connaissaient depuis plus de vingt ans, tous des gens qui avaient déjà lourdement tâté de la politique, soit dans un camp, soit dans l¹autre, soit dans les deux, soit dans le même ! Et qui venaient maintenant se bouffer le nez dans la petite lucarne à la face des Français comme s’ils étaient aussi purs en idéologie que l'Immaculée Conception et aussi vierge politiquement que Bernadette Soubirou ou sainte Thérèse de Lisieux.

[…]

Et le petit contremaître de continuer à se marrer en douce ça y était, il allait falloir que j’affronte pour la première fois de ma vie le patronat ! Je rassemblai toutes mes forces, mis à jour mon argumentation et me remémorai toute la dialectique du discours révolutionnaire que j'avais apprise avec Franck et en cours de philosophie. Puis je me dirigeai vers le groupe, les jambes flageolantes. L¹étonnant, c¹est que les messieurs en costume, qui devaient être le patron et son équipe de cadres, ne semblaient pas pour le moins hostiles. Ils semblaient même me considérer avec intérêt et le premier avait sur les lèvres le même petit sourire amusé que le contremaître. Avant que j’ai pu ouvrir un mot, il me lança : « Alors, c¹est vous le dangereux anarchiste ? C¹est vous qui distribuez des tracts subversifs à mes ouvriers ? Mais dites donc, sans jeu de mots, vous êtes un drôle de petit coco, un drôle de petit ingrat ! Moi, je vous embauche pour les vacances pour vous faire gagner un peu d’argent de poche et tout ce que vous pensez à faire, c¹est la révolution dans mon usine. Vous pensez vraiment que c¹est bien raisonnable ?... »

 

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